Je fais connaissance de l’éducateur qui le remplacera et nous nous rendons dans la médiathèque. Je m’avise auprès de celui-ci du nombre de détenus inscrits : deux. Je suis un peu déçue, j’aurais préféré davantage de participants pour permettre plus d’interactivités, mais c’est ainsi. Le propre de l’intervenant est de s’adapter à chacune des situations.
À la demande du pôle culturel, qui m’avait sollicitée un mois plus tôt pour connaitre le matériel dont j’aurais besoin, j’avais répondu « quelques feutres pour le paperboard et une petite bouteille d’eau en cette période caniculaire ». En réduisant mes exigences au maximum, j’avais cru bannir des services toute tracasserie. Que nenni ! puisque je me retrouvais face à un tableau blanc privé de ses feutres et dans une salle étouffante sans une goutte d’eau à boire après avoir passé une heure de route dans un habitacle surchauffé…
Un peu dépitée, j’en tirais mes conclusions : d’un côté- une demande pointilleuse des services pénitentiaires en amont de l’intervention et à l’entrée de l’établissement, de l’autre- une absence de répondant de ces mêmes services pour une demande basique…Je ne condamne pas. Je sais que l’institution dispose de peu de personnel et de moyens ; mais quand même ! C’est assez frustrant.
Peu de temps après, les surveillants amenaient les deux jeunes garçons. Je débutais par les présentations d’usage tandis que l’éducateur, visiblement embarrassé, demandait aux surveillants de trouver des feutres et de l’eau.
La thématique que j’avais souhaité développer au cours de cet atelier est celle du « Héros » qui me semblait appropriée pour ce public en manque de repères.
Être un héros du quotidien ne nécessite aucun diplôme ni apprentissage particulier mais des vertus de bravoure et d’altruisme, de dépassement de soi et de bonne volonté.
Quelques minutes plus tard, les surveillants m’apportaient deux feutres. Je vais enfin pouvoir me servir du tableau. J’ai droit également à une grande bouteille d’eau. Ça tombe bien, je meurs de soif. Malheureusement, celle-ci est chaude. Pas tiède, mais chaude ! Loin de moi l’idée de faire ma diva mais je dois reconnaitre que, vraiment, cette bouteille a dû demeurer plusieurs heures en plein soleil. Cette eau ne désaltère pas, elle est chaude. Tant pis. Je m’en passerai. Pas facile de parler avec la bouche sèche.
En sollicitant les jeunes, je les aide à découvrir les différentes typologies de héros que l’on peut trouver dans notre société.