Tourmente sur le livre - Auteurs des Hauts-de-France lance le débat

Le 08/06/2026 0

Auteurs des Hauts de France a lancé un débat sur la tourmente qui agite le monde du livre. 400 lecteurs, auteurs et acteurs du livre y ont participé en trois jours. Un contenu de qualité dont vous trouverez la synthèse complète dans cet article. En deux ans, en effet , les Français ont acheté 10 millions de livres neufs de moins, un effondrement qui secoue tout l’écosystème du livre. Grandes enseignes en crise, librairies fragilisées, pratiques de lecture bouleversées… la filière traverse une mutation profonde. Par Antoine Duclercq Président de Auteurs des Hauts de France ADAN 

1. Constat général : une crise profonde et multiforme

Le débat part d’un fait marquant : 10 millions de livres neufs vendus de moins en deux ans et davantage de fermetures que d’ouvertures de librairies. Les participants expriment un sentiment de basculement culturel, certains évoquant même « la fin à grands pas de l’écrit » (Pierre Ragolski). Plusieurs témoignages soulignent la sidération face à la fermeture annoncée de grandes enseignes, notamment « Le Furet du Nord » (Malou De Zoé).

2. Les causes évoquées par les participants

A. Mutation des pratiques de lecture

Montée du numérique : liseuses, tablettes, lecture sur smartphone. « Je lis 4x plus depuis que je suis sur liseuse » (Christine Faubert). « Dans une génération, il n’y aura plus de production de livre papier » (Justinien Trouvé).

Nomadisme et encombrement : les déménagements, le manque de place, les bibliothèques personnelles qui rétrécissent. « Les cartons de livres, c’est encombrant » (Marie‑Christine Playe).

B. Explosion du marché de l’occasion

Un thème omniprésent : Vinted, Recyclivre, vide‑greniers, boîtes à livres. « 9 livres sur 10 sont d’occasion dans ma bibliothèque » (Gin Lie). Cette économie parallèle échappe aux statistiques et fragilise le neuf.

Bouquiniste

C. Pression économique et arbitrages budgétaires

Prix du livre jugé trop élevé : « 24 € le broché… ça fait trop » (Rodolphe Pinthon). Contexte inflationniste : « On s’endette pour vivre » (Christian Belin). Priorités concurrentes : « Les gens achètent un téléphone à 1000 € » (Stellibd Manga).

D. Concurrence des autres loisirs

Le jeu vidéo est cité comme premier produit culturel mondial : « Tout va bien » (Guillaume Machin). La surcharge de travail réduit le temps disponible : « Je n’arrive plus à lire aussi régulièrement » (Lavis Lor).

Photo jeu video

E. Transformation du rôle des bibliothèques

Elles restent essentielles mais souffrent aussi : « Un jour, les bibliothèques fermeront du fait du manque d’adhérents » (Sophie Lefèvre).

3. Une crise de l’offre ? Surproduction, uniformisation, perte de repères

Le débat s’ouvre sur une critique forte de l’offre éditoriale : « Trop de polars, trop de romances, trop de feel good… pas assez d’original et de fond » (document). « Nous manquons de Malraux, de Camus, de Sartre, de Duras ».

Plusieurs participants dénoncent :

  • une surproduction qui noie les bons textes,
  • une uniformisation des genres,
  • une perte de grandes voix littéraires,
  • une saturation des rayons par des titres jugés « interchangeables ».

Certains vont plus loin : « N’importe qui peut devenir écrivain et recevoir un prix pour un livre de merde » (Paul Bonis).

4. Librairies : fragilités, attentes et reproches

A. Difficultés structurelles

  • Fermetures en chaîne, y compris de grandes enseignes.
  • Concurrence des hypermarchés et plateformes : « Amazon… et oui, le modèle évolue » (Christian Morin).

B. Accessibilité et logistique

Problème du stationnement en centre-ville : « Il faut être militant acharné pour aider les petites librairies » (Goodjohn Howlinbluesband).

C. Attentes envers les libraires

Plus d’animations, d’ateliers, de dédicaces : « Ça se faisait chez nous, mais fini » (Nathalie Nogrette). Accueil des auteurs indépendants : « Si les librairies soutenaient les auto‑édités… » (Jean‑Michel Legaud).

5. Le rôle des médiathèques, boîtes à livres et circuits alternatifs

Ces circuits sont massivement utilisés :

  • pour des raisons économiques,
  • pour des raisons pratiques,
  • par fidélité à la lecture mais pas au prix du neuf.

Ils contribuent à la dilution du marché du livre neuf, même s’ils maintiennent la lecture vivante.

Photo livre livres

6. Perception générationnelle

Les jeunes lisent moins : « Aucun de mes élèves n’achète de livres » (Justinien Trouvé). Les lecteurs fidèles vieillissent : « Les vieux deviennent malades et meurent… l’explication est là » (Jl Wronski).

7. Attachement affectif au livre papier

Malgré tout, de nombreux témoignages expriment un amour profond du livre :

  • « L’odeur des livres est ma madeleine de Proust » (Malou De Zoé).
  • « Les livres font partie de l’âme de notre foyer » (idem).
  • Cet attachement coexiste avec l’usage croissant du numérique.

Livre liseuse

8. Pistes évoquées pour l’avenir

  • Recentrer l’édition sur des textes de qualité.
  • Revaloriser la lecture à l’école.
  • Multiplier les événements en librairie.
  • Mieux intégrer les auteurs indépendants.
  • Réinterroger le prix unique du livre (débat sensible).
  • Réinventer les librairies comme lieux de vie.

Affiche salon du livre de paris

Le débat ADAN révèle une crise systémique

Le débat ADAN révèle une crise systémique, où se mêlent :

  • mutation des usages,
  • pression économique,
  • concurrence du numérique et de l’occasion,
  • fragilité des librairies,
  • surproduction éditoriale,
  • transformation sociologique du lectorat.

 

Mais il montre aussi une passion intacte pour la lecture et un désir de réinventer la chaîne du livre.

Bougie livre main dessin illustration 98292 4165

Questions / Réponses

Aucune question. Soyez le premier à poser une question.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire