Depuis la loi numéro 2021-641 du 21 mai 2021, relative à la protection patrimoniale des langues régionales et leur promotion, la langue picarde connaît un regain d’intérêt dans la sphère de l’Éducation Nationale et de l’enseignement.
En effet, le picard était auparavant exclu du système éducatif, même si une initiation ponctuelle pouvait être menée, par exemple dans le cadre de la semaine des langues ou de l’éveil linguistique en école maternelle. Depuis la promulgation de la loi, il est évident que cet enseignement peut être dispensé au premier degré, au second degré et même au-delà.
L’article L. 312‐10 du Code de l’éducation précise que pour « les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage » et que « cet enseignement peut être dispensé tout au long de la scolarité ». Ce même article indique que l’enseignement facultatif de langue et culture régionales peut prendre deux formes : soit un enseignement de la langue et de la culture régionales, soit un enseignement bilingue en langue française et en langue régionale.
C’est pourquoi je fus sollicité en 2021 afin d’initier à la langue picarde des classes de cycle 3 (CM1/CM2) dans deux écoles d’Aulnoy-lez-Valenciennes. Le choix de la ville est stratégique car c’est un vivier d’auteurs picardisants qui ont écrit des œuvres, comme Gisèle Raverdy, autrice d’un recueil de nouvelles intitulé Des gins d’Auno et d’ailleurs (2009), qui a fait elle-même l’objet d’une étude de Julie Auger (2003), participent à des spectacles vivants ou ont rédigé un dictionnaire, notamment Jean Dauby et son Dictionnaire du rouchi (1979).

La ville voit aussi passer des spectacles de picard, met en valeur la langue à travers ses affichages signalétiques (panneaux d’entrée de ville) ou encore accueille le siège social de l’association Georges Fidit, loi d’association 1901 qui promeut et fait rayonner le rouchi, variante du picard dans le Hainaut Valenciennois (Valenciennes, Denaisis, une partie de l’Avesnois, Amandinois, frontière avec le Hainaut Belge) à travers d’éminents auteurs qui ont créé en 1996 le « Cercle du Moulin », un groupe toujours en activité. Cette association gère aussi un site (PicardRouchi.com) qui compile les textes des auteurs, les actualités, des précisions sur les mots ou encore fait connaître des auteurs plus anciens. Il s’agit d’un cercle littéraire en français et en rouchi dont j’ai repris il y a quelques années la vice-présidence, ce qui me permet de conjuguer plaisir de la langue et enseignement de celle-ci dans les écoles de la même commune, tout en bénéficiant de sources orales et écrites vivantes.
Aulnoy compte aussi en son sein un certain nombre d’habitants qui connaissent encore plus ou moins la langue. Il arrive que des élèves des classes où j’interviens aient dans leur famille une personne ou une personnalité attachée à la défense de la langue.
La revue « Bien Dire et Bien Aprandre » est une publication scientifique lilloise de médiévistique et de dialectologie picarde, fondée en 1978 par l'Université de Lille et liée au Centre d'Études Médiévales et Dialectales (CEMD), publiant des études sur le Moyen Âge (langue, littérature, histoire) et le picard, accessible en ligne via PEREN Revues et les Presses Universitaires du Septentrion.