Il s’agit de faire silence. Cette approche ne cède pas aux avances du verbe, ne produit pas de commentaires. Elle laisse le corps réagir à ce qu’il se passe, et garde près de lui, non pas ce qui fait sens, mais ce qui fait relation. Il s’agit de laisser « parler » le tableau sans lui imposer notre langage. En clair, soyons à l’écoute de qu’il se passe en nous avant de mettre un mot dessus.
En notre temps, où l’injonction à la productivité et à la performance s’immisce dans toutes les sphères de la vie, ne rien faire peut paraître étrange, voire suspect. Si bien que le silence est chassé de notre quotidien, remplacé par un bombardement quasi-continu de stimulations (parasites ?) en tout genre. Avec tout ça, difficile de ne pas faire intervenir son récit, ses propres représentations pour tenter de reprendre un peu de contrôle.
La question se pose : comment faire silence ?
Il n’y a pas de recette magique malheureusement, il s’agit de réapprivoiser notre environnement intérieur selon les circonstances. En revanche, je peux vous proposer une technique pour faire acte de silence n’importe quand, n’importe où. Cette technique ne donne qu’un aperçu, une fenêtre d’entrée vers une attitude plus sensible à la « chair du monde ».
Prenons cette phrase : je suis assis sur la plage. Prononçons-la à haute voix. À nouveau, prononçons-la à haute voix, mais cette fois-ci en y insérant un blanc, un vide, un silence le plus long possible entra chaque mot.
Ce qui donne (toujours à l’oral) : je………………suis………………………assis…………………….sur…………..la………………………………plage.
À quoi avez-vous pensé entre chaque mot, dans chaque silence ? Probablement pas grand-chose, et c’est une bonne nouvelle. Quand votre esprit est « vide » de mot, votre corps « voit » mieux.